Allaitement maternel et manque de lait

Manque de lait : réalité ou simple peur

« Je n’ai pas assez de lait. »

« Mon bébé réclame tout le temps, je dois manquer de lait. »

« Mes seins sont beaucoup plus mous, je crois que je n’ai plus de lait. »

« Je tire seulement 30 ml, ce n’est sûrement pas suffisant… »

Ces phrases reviennent très souvent lorsqu’on parle d’allaitement. La peur de manquer de lait est l’une des principales inquiétudes des jeunes mamans.

Mais alors, comment savoir si vous manquez réellement de lait maternel ?

La bonne nouvelle, c’est que de nombreux signes interprétés comme un manque de lait ne signifient pas que votre bébé ne reçoit pas suffisamment de lait. À l’inverse, une véritable insuffisance de lactation peut exister et mérite alors d’être recherchée et accompagnée.

L’objectif n’est donc pas de vous dire simplement « vous avez assez de lait » ou « vous n’en avez pas assez », mais de comprendre comment fonctionne la lactation et quels sont les signes qui permettent réellement d’évaluer les apports de votre bébé.

Manque de lait : une réalité, mais pas toujours celle que l’on croit

La production de lait maternel fonctionne en grande partie selon un principe de stimulation et d’extraction du lait : plus le lait est régulièrement extrait du sein, plus le corps reçoit le signal d’en produire.

C’est notamment pour cette raison que l’allaitement à la demande est recommandé. L’OMS recommande de proposer le sein aussi souvent que le bébé le souhaite, jour et nuit. (Organisation mondiale de la santé)

La Leche League France distingue notamment plusieurs situations :

  • la mère pense manquer de lait alors que la production est suffisante ;
  • la production de lait est réellement insuffisante, mais cette baisse est secondaire à une situation ou à une conduite d’allaitement qui peut parfois être corrigée ;
  • plus rarement, une insuffisance primaire de lactation peut être présente (seulement 1 à 5% des femmes).

Une insuffisance primaire de lactation existe donc bel et bien, mais concerne en réalité une proportion très faible.

Avant de chercher à « faire plus de lait », il faut surtout comprendre pourquoi la production semble insuffisante.

Comment savoir si bébé reçoit assez de lait ?

C’est probablement la question la plus importante.

Pour évaluer un éventuel manque de lait, on ne se base pas uniquement sur les sensations de la mère, la fréquence des tétées ou la quantité obtenue au tire-lait.

On regarde avant tout ce que fait le bébé.

1. La prise de poids

La croissance de votre bébé est l’un des éléments essentiels pour évaluer ses apports.

Une perte de poids jusqu’à 7% du poids de naissance est physiologique dans les premiers jours après la naissance. La courbe de poids doit ensuite évoluer de manière satisfaisante, selon le percentile du poids de naissance du bébé. Les courbes de l’OMS restent la référence pour les bébés allaités.

Une prise de poids insuffisante mérite d’être évaluée avec un professionnel afin de comprendre ce qui peut limiter les apports de lait.

Pour cela, rapprochez-vous de votre professionnel de confiance : votre sage-femme, votre médecin traitant, votre pédiatre ou contactez la PMI

Pour contacter la PMI, suivez le lien suivant : https://www.yvelines.fr/mon-conseil-departemental/institution/administration/les-territoires-daction-departementale/pole-sante/les-centres-de-protection-maternelle-infantile-pmi/

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2. Les couches mouillées

Les urines donnent également des informations intéressantes sur les apports de votre bébé.

Après les premiers jours de vie, un bébé qui reçoit suffisamment de lait mouille régulièrement ses couches. L’OMS indique qu’au-delà des premiers jours, environ 6 couches jetables bien mouillées (dont 4 selles au moins) par 24 heures constituent un repère rassurant.

N’hésitez pas à soupeser régulièrement les couches de votre bébé pour avoir une idée de leur « poids » habituel.

Le nombre de couches doit cependant être interprété en fonction de l’âge du bébé et de la situation globale.

3. Les déglutitions pendant la tétée

Un bébé qui reçoit du lait ne fait pas seulement des mouvements de succion.

Vous pouvez progressivement observer ou entendre des déglutitions pendant la tétée. Soyez attentive et concentrée pendant la tétée. Et mettez le papa à contribution 😉, il se sentira utile.

Au début, elles peuvent être discrètes, surtout quand on est à la phase colostrale, puis devenir plus facilement perceptibles lorsque la montée laiteuse s’est effectuée.

4. Le comportement du bébé

Un bébé allaité peut demander très souvent le sein. Cela ne signifie pas automatiquement qu’il manque de lait.

Certains bébés tètent fréquemment parce qu’ils ont besoin de manger, mais aussi parce que la tétée répond à plusieurs besoins : proximité, réconfort, régulation, endormissement ou simplement envie de téter.

La fréquence des tétées doit donc être mise en perspective avec les autres éléments : déglutitions, couches, croissance et efficacité du transfert de lait.

La LLL rappelle ainsi qu’un bébé qui réclame très souvent le sein ou pleure beaucoup ne permet pas, à lui seul, de conclure à une insuffisance de lait. (La Leche League France)

Les signes qui font croire à tort qu’on manque de lait

C’est ici que beaucoup de mamans peuvent se reconnaître.

« Mon bébé réclame tout le temps : je n’ai pas assez de lait »

Faux… pas forcément !

Un nouveau-né peut téter très fréquemment, en moyenne 8 à 12 fois par 24 heures, mais les tétées peuvent être plus nombreuses, sans avoir forcément un manque de lait.

Les premières semaines, les tétées peuvent également être très rapprochées, d’autant plus à certains moments de la journée. La période de calibration de l’allaitement dure 6 semaines. Le bébé va faire comprendre ses besoins au corps de la maman en tétant dès qu’il se manifeste. D’où l’intérêt de ne pas le restreindre, sous prétexte qu’il a tété peu de temps auparavant, par exemple.

La fréquence des tétées est donc insuffisante pour conclure à un manque de lait.

« Mes seins sont mous, je n’ai plus de lait »

Faux.

Les seins très tendus des premières semaines vont laisser place à des seins plus « mous ». Cela n’est pas une preuve d’insuffisance de lactation. Avec le temps, la lactation se régule.

Les seins peuvent devenir plus souples, moins gonflés et donner l’impression d’être « vides ».

Cela ne signifie pas qu’ils ne produisent plus de lait.

D’ailleurs, un sein n’est jamais réellement vide : le lait continue d’être produit pendant la tétée.

« Je ne sens plus les montées de lait »

Là encore, cela ne permet pas de conclure à une baisse de lactation.

Certaines femmes ressentent fortement le réflexe d’éjection du lait, d’autres beaucoup moins, et cette sensation peut évoluer au fil des semaines.

Ce qui compte davantage est de regarder ce qui se passe concrètement pendant les tétées et le comportement de votre bébé lorsqu’il est au sein.

« Je ne tire presque rien au tire-lait, donc je n’ai pas de lait »

Non, la quantité tirée au tire-lait ne permet pas à elle seule d’évaluer votre production lactée.

Un bébé efficace extrait toujours davantage de lait qu’un tire-lait.

À l’inverse, une séance de tirage peut être peu productive pour différentes raisons : moment de la journée, modèle de tire-lait, taille des téterelles, réglages, stress, fatigue, réflexe d’éjection difficile à déclencher…

Ainsi, 30 ml tirés ne signifient pas automatiquement que vous ne produisez que 30 ml de lait.

« Mon bébé prend les deux seins à chaque tétée, donc je manque de lait »

Pas nécessairement.

Certains bébés prennent un seul sein, d’autres ont besoin de prendre les deux. Nous n’avons pas toutes les mêmes capacités de stockage dans les seins.

Les besoins peuvent également changer d’une tétée à l’autre, selon l’appétit de l’enfant.

Il n’existe pas une quantité ou une organisation unique qui conviendrait à tous les bébés.

Votre allaitement est UNIQUE.

« Mon bébé pleure le soir et réclame beaucoup le sein »

Cela peut être particulièrement déstabilisant.

On peut rapidement penser :

« Il doit avoir faim, je n’ai plus assez de lait. »

Pourtant, les périodes où le bébé réclame très fréquemment le sein sont courantes. Au petit matin et en soirée, les tétées « en grappe » sont courantes voire habituelles.

Le fait que le bébé tète beaucoup sur certains moments de la journée ne suffit donc pas à conclure à un manque de lait.

Quels sont les vrais signes d’un manque de lait ?

Il faut être davantage attentif lorsque plusieurs éléments indiquent que votre bébé ne reçoit peut-être pas suffisamment de lait.

Par exemple :

  • une prise de poids insuffisante ou une perte de poids qui se poursuit ;
  • des couches peu mouillées ou moins mouillées qu’au début ;
  • des tétées qui vous semblent peu efficaces ;
  • peu ou pas de déglutitions observées pendant les tétées ;
  • un bébé qui n’est pas actif au sein ou très peu ;
  • des tétées très nombreuses mais avec un transfert de lait qui paraît faible ;
  • des difficultés persistantes de prise du sein ;
  • des douleurs importantes pendant les tétées ;
  • un changement brutal du comportement ou du rythme habituel du bébé.

Dans ce contexte, une consultation d’allaitement permet de regarder ce qui se passe réellement au sein, plutôt que de simplement supposer que le problème vient d’un manque de lait.

Pourquoi peut-on réellement avoir moins de lait ?

Une baisse de lactation peut avoir différentes origines.

Elle peut notamment être liée à une stimulation insuffisante du sein ou à un transfert de lait insuffisant.

Par exemple :

  • des tétées peu fréquentes ;
  • des horaires imposés ;
  • des compléments donnés régulièrement sans expression du lait en parallèle ;
  • une prise du sein inefficace ;
  • des douleurs qui rendent les tétées difficiles ;
  • une séparation mère-bébé ;
  • certaines situations médicales chez la mère ou le bébé ;
  • certaines interventions ou antécédents mammaires ;
  • certains médicaments ou traitements.

L’Academy of Breastfeeding Medicine identifie notamment parmi les facteurs pouvant être associés à une production lactée faible ou retardée certaines difficultés mammaires, des antécédents de chirurgie mammaire, certaines situations hormonales ou métaboliques, ainsi que des facteurs liés au bébé comme une succion inefficace ou certaines particularités anatomiques. (BFMED)

Cela signifie surtout qu’une baisse de lactation mérite une véritable recherche de cause.

Il ne suffit pas toujours de dire à une maman « mets bébé au sein plus souvent ».

Comment augmenter naturellement sa production de lait ?

La première étape consiste à comprendre pourquoi la production est insuffisante.

De manière générale, lorsque le bébé est en mesure de téter efficacement, augmenter la fréquence des mises au sein peut permettre d’augmenter la stimulation.

L’OMS recommande l’allaitement à la demande, aussi souvent que le bébé le souhaite, jour et nuit. (Organisation mondiale de la santé)

Mais lorsque la production semble réellement insuffisante, il est important d’aller plus loin :

  • Est-ce que bébé prend correctement le sein ?
  • Est-ce qu’il transfère suffisamment de lait ?
  • Les tétées sont-elles efficaces ?
  • Le lait est-il suffisamment extrait du sein ?
  • Y a-t-il eu des compléments, un espacement des tétées ou une séparation ?
  • Existe-t-il un facteur maternel ou infantile pouvant expliquer cette situation ?

C’est cette analyse qui permet de construire une stratégie adaptée et individualisée.

Et les aliments ou boissons « qui font monter le lait » ?

On entend régulièrement parler de fenouil, bière sans alcool, levure de bière, tisanes d’allaitement, compléments alimentaires ou autres « aliments galactogènes ».

Mais avant de chercher un aliment miracle, il est beaucoup plus pertinent de vérifier l’efficacité du transfert de lait et la fréquence de stimulation du sein.

Un complément ne corrigera pas une prise du sein inefficace.

Manque de lait : les 5 questions à se poser

Avant de conclure « je n’ai pas assez de lait », posez-vous plutôt ces questions :

1. Mon bébé prend-il du poids de façon satisfaisante ?

2. Est-ce que mon bébé mouille suffisamment ses couches pour son âge ?

3. Est-ce que j’entends ou vois des déglutitions pendant les tétées ?

4. Est-ce que la prise du sein et le transfert de lait semblent efficaces ?

5. Est-ce que je me base sur des signes objectifs… ou uniquement sur mes sensations ?

Ces questions permettent déjà de faire la différence entre une perception de manque de lait et une situation nécessitant une véritable évaluation de la lactation.

« Je manque de lait » : vous n’avez pas à rester seule avec cette inquiétude

La peur de ne pas avoir assez de lait peut être extrêmement anxiogène.

Et plus on s’inquiète, plus chaque tétée peut devenir une sorte de contrôle :

« Est-ce qu’il a assez bu ? »

« Est-ce que mes seins sont assez pleins ? »

« Combien a-t-il pris ? »

« Pourquoi réclame-t-il déjà ? »

Pourtant, l’allaitement ne se résume pas à une quantité de lait visible.

Votre bébé et votre lactation forment un système dynamique qui évolue au fil des jours et des semaines.

Si vous avez un doute sur votre production de lait, il est possible d’observer une tétée, d’évaluer la prise du sein, les déglutitions et le transfert de lait, et de regarder la courbe de poids de votre bébé.

Une consultation avec une professionnelle formée en allaitement peut vous aider à comprendre ce qui se passe et à retrouver de la confiance.

En résumé : manque de lait, vrai ou faux ?

Vrai : une insuffisance de lactation peut exister mais extrêmement rare.

Faux : un bébé qui réclame souvent signifie automatiquement que vous manquez de lait.

Faux : des seins devenus souples signifient que vous n’avez plus de lait.

Faux : une petite quantité tirée au tire-lait ne permet pas, à elle seule, de mesurer votre production.

Vrai : la prise de poids, les couches, les déglutitions et l’efficacité des tétées sont des éléments beaucoup plus pertinents.

Vrai : lorsqu’une baisse de lactation est réelle, il est important d’en rechercher la cause.

Et surtout : si vous pensez manquer de lait, ne restez pas seule avec ce doute. Contactez un expert en allaitement. Il existe des solutions.


Vous pensez manquer de lait ?

Vous habitez à Conflans-Sainte-Honorine ou dans les environs et vous avez l’impression de ne pas avoir assez de lait pour votre bébé ?

Lors d’une consultation en allaitement, nous pouvons faire le point ensemble sur vos tétées, la prise du sein, le transfert de lait, le rythme des tétées et les signes qui permettent d’évaluer les apports de votre bébé.

L’objectif est de vous apporter des informations concrètes, un regard professionnel et un accompagnement bienveillant, sans jugement. Ainsi, vous pourrez comprendre votre allaitement et prendre vos décisions en confiance.

Si besoin, une consultation peut également être réalisée en visioconférence lorsque la situation s’y prête.

Ne restez pas seule face au doute.

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