
« Allaitement difficile. » Lors d’une consultation, je vois ces deux mots, écrits noir sur blanc dans un carnet de santé. Deux mots qui peuvent sembler anodins pour celui ou celle qui les écrit, mais qui peuvent résonner longtemps dans l’esprit d’une mère.
Pourquoi choisir cette formulation ? Que raconte-t-elle de l’allaitement vécu par cette maman ? Et surtout, quel impact peut-elle avoir sur la confiance qu’elle accorde à son corps, à son bébé et à sa capacité à allaiter ?
Quand j’ai compris tout ce que cette maman avait elle-même mis en place pour contrer les difficultés rencontrées, je me suis dit que ces 2 mots n’étaient vraiment pas appropriés.
En tant que consultante en lactation IBCLC, je m’interroge sur la place que nous accordons aux mots dans l’accompagnement des familles. Parce qu’accompagner l’allaitement, ce n’est pas seulement observer une tétée, évaluer une prise de poids ou proposer des solutions. C’est aussi écouter, rassurer, transmettre des informations fiables et aider une mère à reprendre confiance en elle.
Allaitement difficile : une expression qui mérite réflexion
Un allaitement peut effectivement être difficile. Des douleurs, des crevasses, une prise du sein compliquée, une prise de poids insuffisante, une lactation qui demande à être soutenue ou un bébé qui semble ne pas réussir à téter efficacement peuvent rendre les premiers jours ou premières semaines particulièrement éprouvants.
Ces difficultés sont réelles. Elles méritent d’être reconnues, évaluées et accompagnées.
Mais écrire « allaitement difficile » dans le carnet de santé d’un bébé ne décrit pas nécessairement ce qui se passe concrètement. Quels sont les obstacles rencontrés ? Quelles solutions ont été proposées ? La situation évolue-t-elle favorablement ? La mère a-t-elle besoin d’un accompagnement supplémentaire ?
Cette mention, à elle seule, ne répond à aucune de ces questions.
Surtout, elle peut être interprétée comme un constat définitif, alors que l’allaitement est un processus évolutif. Une difficulté rencontrée aujourd’hui ne prédit pas nécessairement la suite de l’histoire.
Un allaitement difficile à un instant donné ne signifie pas qu’un allaitement sera difficile pour toujours.
Les mots peuvent fragiliser la confiance d’une mère
La naissance d’un enfant est une période de grands bouleversements. La mère découvre son bébé, apprend à reconnaître ses signaux, se familiarise avec son corps après la grossesse et tente souvent de trouver ses repères malgré la fatigue et les nombreuses informations, souvent contradictoires d’ailleurs, qu’elle reçoit.
Dans ce contexte, il est fréquent de douter.
« Est-ce que j’ai assez de lait ? »
« Est-ce que mon bébé boit suffisamment ? »
« Est-ce que je fais ce qu’il faut ? »
« Est-ce que mon allaitement va fonctionner ? »
Lorsqu’une mère découvre, en relisant son carnet de santé, la mention « allaitement difficile », elle peut se demander si quelque chose ne va pas chez elle. Elle peut y voir la confirmation de ses inquiétudes, même si la situation s’est améliorée depuis.
Bien sûr, chaque femme réagit différemment aux mots qu’elle entend ou qu’elle lit. Cette mention ne fragilisera pas systématiquement la confiance de toutes les mères. Mais elle peut contribuer à entretenir des doutes déjà présents.
La confiance en soi dans l’allaitement ne se décrète pas. Elle se construit progressivement, grâce à des informations adaptées, à des expériences positives, à un entourage soutenant et à des professionnels qui reconnaissent les compétences de la mère tout en l’aidant à surmonter les difficultés.
La Leche League France consacre d’ailleurs un dossier à l’importance de la confiance en soi dans l’allaitement et à la manière dont elle peut se perdre ou se construire.
Une difficulté d’allaitement ne définit pas une mère
Une mère qui rencontre des difficultés n’est pas une mère qui échoue.
Une mère qui a besoin d’aide n’est pas une mère qui ne sait pas allaiter.
Une mère qui donne un complément de lait à son bébé n’est pas une mère qui a « raté » son allaitement.
Et une mère qui décide de modifier son projet d’allaitement n’est pas une mère qui a manqué de volonté.
Ces situations sont différentes et doivent être accueillies sans jugement.
Derrière chaque histoire d’allaitement, il y a une femme, un bébé, un contexte de naissance, parfois un parcours médical compliqué, de la fatigue, des douleurs, des contraintes familiales ou professionnelles et des attentes parfois très fortes.
Notre rôle n’est pas de réduire cette histoire à une formule dans un carnet de santé. Il est de comprendre ce qui se passe, d’identifier les besoins et de proposer un accompagnement adapté à la situation et au projet de la famille.
L’objectif n’est pas de faire croire à une mère que tout va bien lorsque des difficultés existent. L’objectif est de lui montrer que ces difficultés peuvent être comprises, évaluées et, lorsque c’est possible, surmontées avec un soutien approprié.
Et si nous changions notre façon de parler de l’allaitement ?
Les professionnels de santé ont un rôle essentiel dans la prévention, le repérage et la prise en charge des difficultés d’allaitement. Mais ils ont également un rôle dans la manière dont les parents perçoivent leurs capacités.
Au lieu d’une mention générale comme « allaitement difficile », il peut être plus utile de décrire précisément la situation observée et les actions mises en place.
Par exemple :
- « Douleurs lors des tétées : évaluation de la prise du sein et accompagnement proposés. »
- « Transfert de lait à surveiller : suivi de la prise de poids et réévaluation prévues. »
- « Difficultés de prise du sein : accompagnement pour la position et l’installation du bébé. »
- « Besoin d’un accompagnement complémentaire en lactation : orientation proposée. »
Ces formulations ne sont que des exemples. Elles doivent naturellement correspondre aux observations réelles, aux compétences du professionnel et à la situation clinique.
Elles ont néanmoins un intérêt : elles décrivent un problème précis, sans enfermer la mère dans une appréciation globale de son allaitement.
Elles permettent également de transmettre des informations utiles aux autres professionnels qui accompagneront la famille.
Le carnet de santé a une fonction de suivi. Il doit permettre de retrouver des informations pertinentes sur la santé et le développement de l’enfant. Les difficultés d’allaitement qui ont une incidence sur sa santé ou nécessitent un suivi ont donc toute leur place dans les transmissions. La question n’est pas de taire les difficultés, mais de les documenter avec précision, dans un langage bienveillant et utile.
Faire confiance à une mère, ce n’est pas minimiser les risques
Il est important de le rappeler : soutenir la confiance d’une mère ne signifie pas lui dire que tout va bien sans avoir vérifié que son bébé reçoit suffisamment de lait.
Une perte de poids importante ou une faible prise de poids, une succion inefficace ou faible ou encore des douleurs persistantes nécessitent une évaluation adaptée.
La bienveillance n’est pas l’absence de vigilance.
Au contraire, un accompagnement de qualité associe des compétences, des informations fiables, une écoute attentive et une recherche de solutions individualisées.
Il est possible de signaler une difficulté tout en encourageant une mère. Il est possible de proposer un complément lorsque cela est nécessaire tout en soutenant la lactation. Il est possible d’orienter vers un autre professionnel sans donner à la mère le sentiment qu’elle a échoué.
L’Organisation mondiale de la Santé rappelle l’importance de conseils qualifiés qui apportent aux familles le soutien et les informations dont elles ont besoin, tout en respectant leur situation et leurs choix individuels.
La confiance ne remplace donc pas l’évaluation. Elle fait partie d’un accompagnement qui prend soin à la fois du bébé et de sa mère.
Retrouver confiance en son allaitement : un accompagnement qui fait la différence
Lorsqu’une mère me consulte, elle arrive parfois avec des questions précises. Mais elle arrive aussi, quelquefois, avec la conviction qu’elle ne produit pas assez de lait, que son bébé ne sait pas téter ou que son corps ne fonctionne pas comme il le devrait.
Mon travail consiste à écouter son histoire, à observer ce qui se passe, à rechercher les causes possibles des difficultés et à lui expliquer les mécanismes de l’allaitement.
Nous pouvons alors chercher ensemble des solutions adaptées : améliorer le confort au sein, ajuster la position du bébé, évaluer l’efficacité de la succion, soutenir la lactation ou organiser un suivi lorsque cela est nécessaire.
Mais il y a une autre dimension, tout aussi importante : permettre à cette mère de comprendre ce qu’elle observe, de poser ses questions et de participer pleinement aux décisions concernant son allaitement.
Il ne s’agit pas de lui promettre un allaitement sans difficulté. Il s’agit de lui donner des repères, de reconnaître ses efforts et de lui permettre de faire des choix éclairés.
Parfois, le premier changement n’est pas compliqué. C’est le moment où une mère commence à se dire :
« Je comprends mieux ce qui se passe. »
« Je sais maintenant quoi observer. »
« Je ne suis pas seule face à cette difficulté. »
« Je peux demander de l’aide sans avoir honte. »
Ces prises de conscience peuvent contribuer à restaurer la confiance et à rendre l’allaitement plus serein.
Et si nous choisissions des mots qui ouvrent des possibilités ?
Nous ne pouvons pas toujours éviter les difficultés. Nous ne pouvons pas garantir que chaque allaitement se déroulera comme prévu. Et nous ne pouvons pas savoir à l’avance ce que chaque mère retiendra de nos paroles.
En revanche, nous pouvons choisir de décrire les situations avec précision, d’éviter les jugements et de mettre en évidence les possibilités d’accompagnement.
Plutôt que de résumer une expérience par « allaitement difficile », pourquoi ne pas préciser ce qui est difficile, ce qui a déjà été essayé et ce qui peut être mis en place pour aider cette famille ?
Plutôt que de laisser une mère repartir avec le sentiment qu’elle n’y arrive pas, pourquoi ne pas prendre quelques instants pour lui expliquer ce qui fonctionne déjà et ce qui mérite d’être accompagné ?
Ce ne sont parfois que quelques mots supplémentaires. Pourtant, ils peuvent changer la façon dont une mère comprend sa situation.
Parce que les mots que nous employons ne sont pas anodins. Ils peuvent inquiéter, rassurer, enfermer dans une représentation négative ou, au contraire, ouvrir un chemin.
Une difficulté mérite d’être nommée. Toutefois, une mère mérite de ne pas être réduite à cette difficulté.
Vous rencontrez des difficultés avec votre allaitement ?
Vous avez mal pendant les tétées, vous vous inquiétez de votre production de lait, votre bébé semble avoir du mal à prendre le sein ou vous doutez de votre capacité à poursuivre votre allaitement ?
Vous n’avez pas à rester seule avec vos questions.
En tant que consultante en lactation IBCLC, je vous accompagne avec bienveillance, sans jugement et en tenant compte de votre situation, de votre bébé et de votre projet d’allaitement.
Je propose des consultations à domicile à Conflans-Sainte-Honorine et dans les Yvelines (78) et le Val-d’Oise (95), ainsi que des consultations en visioconférence pour les familles qui souhaitent être accompagnées à distance.
L’objectif est de vous aider à mieux comprendre votre allaitement, à identifier les solutions possibles et à retrouver des repères pour avancer plus sereinement.
Vous avez des questions sur votre allaitement ? Prenons le temps d’en parler ensemble.
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